Interview : Siméon Ndaye

Pouvez-vous, vous présenter en quelques mots? Siméon Ndaye, 35 ans, marié à Bethany (une Américaine qui travaille dans le monde de la finance). Papa d’un petit Garçon, conseiller politique à la Présidence du Mouvement Réformateur et membre de la cellule communication du MR. Né au cœur de l’Afrique dans une famille Congolaise et ayant grandi en Belgique. Passionné de lecture, éternel fan du FC Barcelone et des discours qui ont marqué l’histoire. 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer en politique?

VOUS: les gens. 

La politique est le rendez-vous des aspirations et des espoirs de toute la société. Que l’on soit riche ou pauvre, jeune ou plus âgé, libéral ou conservateur, croyant ou non, ... nous avons toutes et tous des rêves, des besoins et une certaine vision de l’avenir. La politique est le cadre qui rend possible le combat pour vos projets et vos idéaux. J’y suis donc entré naturellement, presque instinctivement. 

Il est souvent question de discrimination lorsque l'on parle des personnes issues d'Afrique sub-saharienne dans la politique belge. En tant que homme, originaire du Congo, quelle est votre expérience sur la question? 

Je n’aime pas être dans la peau de celui qui subit. Je n’aime pas la position de celui qui se plaint. C’est ma nature. Il y a un vieux poème qui résume bien mon état d’esprit: Invictus: « ...Je suis le maître de mon destin,

Je suis le capitaine de mon âme ».

Les discriminations existent mais les opportunités aussi. J’ai toujours rejeté les limites que certains ont essayé de m’imposer. J’ai toujours refusé d’être assigné à résidence dans le fauteuil du spectateur. En fait, n’est discriminé que celui qui se considère comme tel. 

N'avez-vous jamais songé à retourner au pays et à mettre votre savoir-faire au service du continent?

Cette question me pose problème et donc vous faites bien de la poser. 

J’ai grandi en Belgique, je m’y suis formé, j’en ai adopté la culture et les usages. Quand je parle lingala on se moque de mon accent belge :) Mes amis sont ici, ma famille est ici, je mange des frites-mayonnaise et supporte les diables rouges. « Retourner au pays », c’est ce que je me dis quand je rentre à Bruxelles d’un voyage aux USA. 

Mais votre question est pertinente car des générations entières de jeunes vivent en Belgique sans se considérer comme belges et tombent dans le piège tendu par ceux qui veulent encore et toujours les renvoyer à une origine ou une couleur de peau différente. Évidemment que les diasporas ont un rôle à jouer dans le développement de certains pays mais il faut savoir « fleurir là où l’on est planté ». 

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontée dans votre carrière politique?

En politique on apprend chaque jour. Souvent de ses propres erreurs. Je suis très créatif et j’aime sortir des sentiers battus. Convaincre de la pertinence des mes suggestions et essayer de fédérer un maximum de personnes autour de mes projets a souvent été difficile. 

Une autre difficulté est qu’en politique on ne sait jamais ce que pense vraiment un interlocuteur. Avec le temps j’apprends à déchiffrer et à mieux lire entre les lignes. 

Pourquoi avoir choisi le mouvement des Réformateurs?

En Belgique, les partis gouvernent en coalition. Les tendances de droite et de gauche se retrouvent souvent au sein d’un même gouvernement. Cela réduit donc la dimension idéologique de l’action politique et force un certain pragmatisme. Ce pragmatisme et cette recherche du bon sens sont les éléments qui m’ont conduit au MR. Par ailleurs, j’ai été séduit par le discours du MR sur l’émancipation des gens et leur autodétermination. Au nom de la solidarité, d’autres partis ont mis en place des politiques d’assistanat qui ont piégé les citoyens dans une logique de dépendance. Le Parti socialiste a, par exemple, acheter les voix de certaines communautés (dont la diaspora africaine en général) à coups d’aides sociales. 

Moi je crois plutôt en l’émancipation par l’enseignement, l’emploi et l’initiative. 

En tant que mandataire politique, que faites-vous pour les Congolais, et quelles sont les actions concrètes que vous pouvez valoriser pour cette communauté?

Rien ou plutôt tout. Je n’ai pas d’approche communautaire dans mon travail. Les congolais de Belgique font partie de la Belgique. Comme tout le monde, Ils ont besoin d’un plus grand pouvoir d’achat, d’un enseignement de qualité, de l’accès à la propriété, d’une sécurité sociale forte et d’une pression fiscale allégée. Pouvez-vous me citer un seul problème qui ne concernerait que les belges d’origine congolaise? Il n’y en a pas. Alors pourquoi mener une politique exclusivement axée sur la communauté congolaise?  Ceci dit, certains débats me tiennent à cœur : il faut simplifier l’obtention des équivalences  de diplômes étrangers, renforcer le rôle des diasporas dans le Commerce Extérieur et surtout lutter contre les inégalités connues de l’enseignement en Belgique. 

Racontez-nous une anecdote.

En 2015, Olivier Alsteens, Directeur de Communication m’annonce que je suis désigné pour conduire notre meeting d’été devant plus de 10 000 personnes. Tellement excité, le jour J, je ne retrouvais plus mes notes. J’ai donc dû me livrer à un exercice d’improvisation plus ou moins réussi. 

Donnez-nous 3 traits de caractère de votre personnalité.

- Patient.

- Cordial.

- tenace 

Où avez-vous fait vos classes en politique? 

J’ai fait mes classes au MR. J’étais militant et actif dans l’équipe de campagne de Charles Michel ( actuel Premier Ministre) en 2007, puis porte parole des jeunes MR du Brabant wallon, puis chargé de comm’ pour les jeunes MR de Bruxelles avant d’intégrer la Présidence du parti sur proposition de Charles Michel. 

Quel est votre coin préféré à Bruxelles / même question à Kinshasa.

À BXL, mon quartier: Les jardins de Jette. 

À kin, le safari Beach ou alors boire un verre au « balcon ».

Quelle est votre plus grande action en politique.

Je suis un collaborateur, un conseiller, un homme de l’ombre. Je n’ai pas de bilan personnel à défendre mais je suis très fier d’avoir fait de mon parti le premier parti à étudier le potentiel économique des transferts de fonds des diasporas. J’ai aussi organisé le premier congrès politique associant diversité et entrepreneuriat. http://www.mr.be/decouvrez-les-actes-de-notre-congres-entrepreneuriat-diversite

En dehors de la politique, quelles sont les causes qui vous sont chères?

Je suis passionné par l’Afrique, son histoire et son avenir. L’Afrique est une promesse pour ce monde. Certains ne l’ont pas compris et seront surpris. Je milite pour une Afrique indépendante depuis mon jeune âge. Je pense que le monde a suffisamment instrumentalisé l’Afrique. Je suis belge et Européen mais l’Afrique est en moi pour toujours. 

Si vous n'aviez pas fait de la politique, qu'auriez-vous fait?

Je suis fait pour la politique. Ne me croyez pas si je vous dit que j’ai un autre projet de vie, loin de la politique.